« Je suis né à Argenteuil, mais j’ai grandi en banlieue Ouest ; toujours près de la forêt – mon domaine. Bossant dans le pétrole, mon père était souvent parti, nous instillant, à mon frère et à moi, l’idée que le voyage, c’est la vie. Dès 7 ans, je voulais « faire comme Tintin ». L’année de ma première photo : mon frangin en ciré rouge, de traviole devant un paquebot. On accompagnait au Havre sa marraine, émigrant au Brésil. Ma mère m’avait confié l’appareil pour une ultime embrassade. J’ai déclenché. Ça m’a valu un savon ! À 19 ans, le Kodak 6X6 à soufflet de mon père prenait le relais, quand je suis parti trimer au Manitoba, dans une ferme : malgré quelques études d’Histoire et de russe, j’ai plus appris sur le tas qu’à la Sorbonne. Plus tard, je suis passé au Nikkormat. J’en ai usé quatre, dont un, jeté par terre par un CRS. Depuis, j’enroule toujours la sangle autour de ma main – conseil d’un reporter à « L’Huma ». Personne ne m’a appris, hormis quelques livres, dont un sur le cadrage. Une révélation : une photo se lit selon le sens d’écriture du spectateur, et on devrait la développer à l’envers si on expose au Caire ou à Tel Aviv. De là la priorité que je donne à la composition. La matière, aussi : j’ai des milliers de clichés de murs, portes, surfaces… Pour les scènes, je ne demande jamais l’autorisation : horreur des photos posées. Je mitraille trop (merci le numérique !) ; cela dit, la bonne photo, c’est aussi celle qu’on élit, avec sa part de hasard. Je retravaille sur ordi, jusqu’à obtenir le cadrage parfait et l’atmosphère colorimétrique du déclenchement : mon D500, c’est mon carnet de note ».

Lot, mariée solitaire

Vietnam, pont de Lang Cô

Syros, bateau en quarantaine

Salvador de Bahia, bar à filles

Roumanie, nonnes en route pour prier sur le tombeau de Dracula

Puebla, manège de la fête de la Guadalupe

Moscou, centre commercial Goum

Mahdia, époussetage d’un marabout

Huê, rivière des parfums

Kuala Lumpur, restaurant

Göteborg, statue de pêcheur

Glasgow

Fianarantsoa

Carthagène des Indes, statue de Botero

Bakou, mosquée du port