Meuse : Eaux et Forêts en bonne compagnie

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L’Assemblée générale de l’AJT cuvée 2016, qui s’est tenue à Verdun du 6 au 9 octobre, a été l’occasion de découvrir le département de la Meuse avec une étape sportive au lac de Madine.

Parfois, même s’il semble au visiteur que les Meusiens ont absorbé par osmose toute la générosité et la pugnacité qui émanent de leurs champs de bataille, il arrive que les alignements de croix blanches sur fond vert leur pèsent un peu sur le cœur. Alors, ils font une heure de voiture pour aller voir des alignements d’oiseaux blancs sur fond bleu : la colonie de cygnes du lac de Madine ! Ça aère, ça dépayse, c’est un peu comme aller à la mer. Christian Legatelois, président du Syndicat mixte, ne dit pas le contraire : par sa taille – 1 100 hectares, le plan d’eau est soumis à la loi littorale. À bord de ses petits bateaux électriques qui rendent la balade ultra-silencieuse et contemplative, il expose même un projet digne de Vingt mille lieues sous les mers autour de l’île Verte : un village de six chalets flottants où des chambres à parois de verre ouvriraient sur l’eau claire. Bien calé dans son plumard, on pourrait bientôt voir nager des silures de la taille d’une mobylette, ou ces carpes énormes qui voient venir les pêcheurs de très loin…

Démonstration sur les berges du lac, que l’on parcourt à l’horizontale, alanguis comme des marquises (mais sportives tout de même !) sur des vélos couchés. Du côté d’Heudicourt, deux gars adorables, hélas beaucoup trop jeunes pour moi, sont en train de sortir de l’eau ce qui semble être une énooooorme carpe, mais n’est, à les écouter, qu’une jeunette, une petite chose. Il faut les voir la déposer sur un rectangle kaki rembourré comme un matelas à langer, lui enlever délicatement l’hameçon, la caresser, la peser – la «  petite chose » fait 15 kilos ! – et la remettre tendrement à l’eau. « Voilà : c’est notre passion », sourient-ils ! On avait deviné…

Au loin, une rotonde insolite intrigue tout le monde. C’est un morceau des États-Unis posé au sommet de la butte de Montsec : le mémorial américain dont le soin, de la taille des rosiers à l’entretien de la grande carte en bronze qui décrit le parcours des divisions et l’évolution de la ligne de front, incombe à l’Oncle Sam, via l’American Battle Monuments Commission. Sur le haut des colonnes doriques est gravée la liste des régiments impliqués. Une pensée pour les boys de l’US Army venus risquer ou laisser leur peau ici. Et, du grand escalier monumental, une vue à 180° sur le lac de Madine, qui bave du bleu jusqu’au cœur des champs dorés. « Avec des copains, on vient souvent par ici en ULM, raconte le chauffeur du minibus. On survole le lac. On fait un clin d’œil aux anciens… ».

Atterrissage au restaurant du Lac de Madine, à Heudicourt, où le nem d’effiloché de canard confit aux mirabelles m’a délicieusement changé du magret. Puis Le Vent des Forêts s’est levé et nous a déposés, minibus compris, au cœur du bois de Pierrefitte. Ce projet, né en 1997 dans six villages agricoles et forestiers entre Bar-le-Duc et Verdun, invite des artistes en résidence à concevoir des œuvres dans et pour ces paysages, avec toute une équipe de bénévoles et d’artisans locaux (voir la vidéo à la fin de cet article). Le résultat, exposé « au temps qu’il fait et au temps qui passe », se découvre au fil de 7 circuits balisés et de 45 km de sentiers.

 

Nous avons suivi un bout du circuit du Gros Charme, avec Pascal Yonet, directeur du Vent des Forêts, qui nous a raconté sa rencontre émouvante avec Marina Le Gall, drôle de fille chasseresse et diplômée des Beaux-Arts, dont le bestiaire de céramique compte désormais un mammouth à écailles de terre cuite émaillée : Hannibal, poilant bug spatio-temporel multicolore posé sur la parcelle 8. Parcelle 9, c’est Entrelacs 2 (fatras), où François Génot raconte avec un mikado géant comment la tempête de 1999 a joué avec la forêt. Ça me démange de tirer sur un « bâtonnet », mais peur que le résultat soit moche à photographier. Parcelle 18, la tranchée d’Alexandra Engelfriet se fond déjà dans le décor. Pourtant, l’artiste l’a creusée et tapissée de 20 tonnes d’argile avec laquelle elle s’est bagarrée en une longue et intense performance qu’elle a ensuite figée par le feu…

On aimerait prolonger la balade et c’est possible si l’on dort dans les maisons sylvestres de Matali Crasset. La designer a vécu une vraie petite aventure avec les artisans du coin en bâtissant ces cocons d’acacia, sapin de Douglas et galva, qu’elle a équipés avec des paniers et une belle vaisselle en bois sur mesure. C’est sobre et cosy, spartiate et charmant, ça donne envie de rester, de prendre un café face à la clairière aux chevreuils (ça, on l’a fait), de buller près du ruisseau en comptant les geais et de faire cuire des pommes de terre sous la cendre du four vosgien Grand-Mère… Seulement voilà : on était en service et, ce soir-là, on avait soirée mousse…au musée de la bière !

Texte : Julie Daurel

Photos : Eric Delaperriere et Nathalie Moreau

 

Vidéo : Pascal Yonet présente le Vent des Forêts