Forêts tropicales, savanes et côte Atlantique forment la palette naturelle du pays. Un trio qui raconte du nord au sud un territoire aux accents intègres, méconnu et dont on découvre avec gourmandise les paysages souvent grandioses.
Et soudain, la pluie. Cette pluie chaude des tropiques qui lave le soleil et la poussière collés au corps et à l’esprit des paysans, vendeurs de rues, femmes aux pagnes colorés encombrées d’enfants et de colis. Nous roulions en minibus de Man à San Pedro – une route éprouvante –, venions de franchir le fleuve Sassandra à Soubré, dans le sud-ouest du pays, cœur de la production de cacao.
Nous retrouvions cette Côte d’Ivoire humide et forestière aux 2 000 mm de pluie par an, moitié plus qu’au nord, territoire des savanes. Ainsi est ce pays, binaire par ses paysages hérités d’un climat tranché. Si l’on ajoute aux savanes et aux forêts la côte Atlantique, étendue sur 550 km et ourlée de plages, de mangroves et de lagunes, on tient là les trois paysages maîtres d’une nation où la nature se livre sans compter.
Au nord, l’or blanc et brun de la savane
Quelque part sur la route, du côté de Korhogo, en pays Sénoufo. L’aridité saute aux yeux dans ce grand nord ivoirien. Arborée ou arbustive, la savane livre une terre rouge de latérite hérissée de termitières comme autant de cathédrales anarchiques. De l’or est pourtant extrait de ce sol ingrat : blanc quand il s’agit de coton ; brun lorsque les anacardiers donnent leurs précieuses noix de cajous. Entre ces plantations, quelques troupeaux de vaches maigres sont élevés par des communautés pastorales.
Dans la réserve du N’Zi River Lodges
N’Zi River Lodges, non loin de Bouaké. Au centre du pays, qui hésite ici entre savane et forêt, nous posons nos bagages dans un cadre luxuriant. Les pluies de juin ont verdi le décor. En jeep dans cette réserve, nous distinguons entre les hautes herbes de jeunes cobes de Buffon, une variété d’antilopes, yeux aux aguets. Et grimpons à pied au (petit) sommet du mont Sika, pour embrasser un paysage mêlant forêt sempervirente et brousse arbustive. Silence et contemplation quand le soleil au halo orangé rejoint la ligne verte de l’horizon…
Parcs nationaux de la Comoé et de Taï
Si la Côte d’Ivoire ne prétend pas rivaliser avec le Kenya ou la Tanzanie pour la faune sauvage, celle-ci est présente. La réserve du N’Zi River Lodges abrite phacochères, buffles, singes Vervets et Patas, touracos… Au nord-est, le parc national de la Comoé, une des zones protégées les plus grandes d’Afrique de l’ouest, est le refuge de primates, lions, lycaons, crocodiles… 500 espèces d’oiseaux y ont été recensées, dont les rares outardes de Denham et les calaos à casque jaune. Comoé est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Hélas, l’accès au parc est pour l’heure déconseillé par le ministère français des Affaires étrangères en raison de sa proximité avec le Burkina Faso et des risques terroristes associés.
Lui aussi inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, le parc national de Taï, au sud-ouest, est un exemple précieux de forêt tropicale primaire. Il est l’hôte de onze espèces de singes et du rare hippopotame pygmée. Arbres gigantesques, lianes, cours d’eau tumultueux… Mieux vaut le visiter à la saison sèche, entre décembre et avril.
Man et ses paysages « aux 18 montagnes »
A l’ouest, près des frontières du Libéria et de la Guinée Conakry, le district des montagnes est à part. Nous n’avons pas le temps d’aller dans la réserve naturelle du Mont Nimba, où se dresse le sommet éponyme, point culminant du pays (1 752 m, partagé avec la Guinée Conakry). Qu’importe. La ville de Man et ses environs nous tend les bras et sa scénographie aux « 18 montagnes ». Escalade, « rando »… Ici, l’outdoor est roi et nous nous en délectons en allant depuis les faubourgs de la ville jusqu’à la petite cascade de Man. 40 mn de marche pour une baignade – obligatoire ! – dans les vasques de ce torrent frais qui dévale sous la dent de Man, perchée à 885 m.
L’Atlantique, frontière sud du pays
Le sud est boisé et humide, on l’a dit. Au bord des routes, la déforestation pour l’agriculture et l’exploitation du bois est visible, portant des coups de canifs dommageables. Mais la matrice du paysage demeure. Après des kilomètres de route à travers le pays, voici l’océan Atlantique salvateur, frontière sud naturelle et point de ralliement des touristes. En saison des pluies, la mer est houleuse, le ciel bas et nuageux. La moiteur de cette grande période arrosée (mai-juillet) fait place en saison sèche à un ensoleillement franc et une mer chaude, souvent agitée.
Aire marine de Grand-Béréby
Au sud-ouest, la région de Grand-Béréby abrite depuis 2022 la première aire marine protégée de Côte d’Ivoire. Vaste programme que de défendre 272 000 ha contre les excès de la pêche et du braconnage. Espèces protégées, requins-marteaux, raies guitares et surtout tortues marines y évoluent en liberté. Sur la plage du village de Roc, l’ONG Conservation des Espèces Marines fait de son mieux depuis 2014 pour protéger les œufs de tortues des villageois, chiens errants ou oiseaux. Initiative heureuse que nous saluons.
Pays prodigue
Il existe d’autres poumons verts dans ce pays prodigue : le parc national du Banco, forêt tropicale au cœur d’Abidjan ; le parc national de la Marahoué ; les plages de Grand Bassam ; la région des plages d’Assinie ; les Îles Ehotilé, archipel estuarien de la lagune d’Assinie… La nature, qu’on a aimée autant au soleil que sous la pluie, fait la richesse de la Côte d’Ivoire. Préservée et entretenue – la gestion des déchets doit être améliorée -, elle est l’une des raisons majeures de venir sous ces latitudes africaines.
Philippe Bourget, président de l’AJT