D’Abidjan à Korhogo, en passant par Man, Yamoussoukro et les rivages de Grand-Béréby, le voyage de l’AJT en Côte d’Ivoire fut dense !
Jean-Claude Georget revient sur ces dix jours riches en découvertes.
Premiers pas sur les terres ivoiriennes : émotion !
À la descente de l’avion, à l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan, le décor est planté. Une douce chaleur, une odeur moite… Pas de doute, nous sommes en Afrique de l’Ouest. Et quelle Afrique ! À 400 kilomètres de l’équateur, la Côte d’Ivoire se révèle être un pays très accueillant, francophone et francophile de surcroît, aux innombrables atouts. Entre océan, forêts tropicales, savanes, montagnes et villages traditionnels, le pays offre une étonnante diversité de paysages et de cultures.
L’accueil de tout un peuple
Pour le visiteur français, la francophonie constitue un atout précieux. Cependant, même si le français demeure la langue officielle et est largement utilisé, une soixantaine de langues autochtones coexistent, témoignant de l’hétérogénéité du peuple ivoirien.
Les années de colonisation ont laissé des traces, même la signalisation routière est identique à la nôtre. Pourtant, les Ivoiriens ont su préserver une identité forte tout en conservant une véritable affection pour notre pays.
Mais ce qui marque avant tout, c’est l’accueil. Partout, dans tous les villages, les échoppes, les marchés, ces mêmes sourires, ce même accueil, ces mêmes regards, chaleureux et bienveillants. Des dizaines de bambins de tous âges accourent à votre arrivée, les femmes acceptent volontiers de poser devant l’objectif, des danseurs n’hésitent pas à revêtir leur costume rituel pour interpréter d’incroyables pirouettes aux sons des calebasses, djembés, balafons et autres instruments de musique traditionnels.
Impossible également d’échapper au rituel d’accueil du « tchapalo », une boisson fermentée à base de mil ou de sorgho et parfois très pimentée, que tout visiteur doit boire (ou pas)…
Ici, tout se vit naturellement, sans contraintes. Tout est authentique. Cette simplicité traduit sans doute l’une des plus grandes richesses de la Côte d’Ivoire : l’hospitalité profondément ancrée dans la culture de ses habitants.
Plusieurs pays en un seul
La Côte d’Ivoire dessine un vaste quadrilatère d’environ 570 kilomètres de côté. Pourtant, sur un territoire relativement restreint de 322 463 km² (la taille de la Pologne environ), les paysages changent radicalement d’une région à l’autre.
Au sud règne un climat équatorial humide où dominent les cocoteraies, les forêts luxuriantes et les lagunes. Plus l’on remonte vers le nord, plus la végétation s’éclaircit. La forêt laisse progressivement place à une savane arborée aux teintes dorées. À l’ouest, le district des montagnes offre encore un tout autre visage et l’environnement change du tout au tout.
Le golfe de Guinée baigné par l’océan Atlantique est bordé de cocotiers et ponctué de stations balnéaires où l’océan rythme la vie quotidienne. Au cœur de cette façade maritime s’étend Abidjan, immense métropole économique du pays.
Grand-Bassam, à 40 kilomètres à l’est de la capitale, est une ville chargée d’histoire. Elle fut la toute première capitale de la Côte d’Ivoire entre 1893 et 1900. Ambiance coloniale garantie dans le « quartier France », inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2012, avec ses bâtiments à l’architecture coloniale aux larges vérandas et galeries.
On ressent une certaine nonchalance dans cette cité qui semble avoir été oubliée par le temps et aussi celle d’une tranquille station balnéaire, à l’ambiance typiquement ivoirienne avec ses magasins d’artisanat et ses maquis, ces petits restaurants de rue populaires (de véritables institutions !) où l’on déguste de succulentes grillades de poulets ou de poissons. Plus qu’authentiques, on y mange même avec les doigts ! Grand-Bassam conjugue ainsi histoire, douceur de vivre et plaisirs balnéaires.
À l’autre extrémité du littoral, à l’ouest, Grand-Béréby dévoile une Côte d’Ivoire plus confidentielle. Ici, les plages sauvages alternent avec les criques, les lagunes et les cocoteraies. Ce village de pêcheurs est rythmé par le passage de longues pirogues multicolores. À quelques kilomètres seulement, les piscines naturelles de Tabaoulé complètent ce décor préservé.
Grâce à ses infrastructures hôtelières de qualité et à son environnement encore intact, Grand-Béréby est certainement une des plus agréables villes de villégiature de la Côte d’Ivoire.
Changement de décor : bienvenue à Korhogo, la capitale du Nord ivoirien et surtout la capitale des Sénoufos. Dépaysement total !
Les Sénoufos représentent près de 10 % de la population ivoirienne et constituent l’un des principaux groupes ethniques du pays. Ils sont largement majoritaires dans cette région. « Ceux qui travaillent aux champs » sont avant tout cultivateurs de mil, riz, maïs, igname et manioc.
Les villages typiques présentent une architecture circulaire avec des cabanes rondes aux toits de chaume organisées autour de la case du chef. Les décisions sont prises par un conseil des anciens, gardiens des traditions et des croyances ancestrales.
Dans leurs forêts sacrées se déroule encore le Poro, rite initiatique qui marque le passage des jeunes garçons à l’âge adulte. Cette cérémonie, toujours pratiquée, demeure l’un des fondements de l’identité sénoufo. Les communautés sont régies par un système matriarcal aux règles obscures pour les non-initiés.
Korhogo est également réputé pour la richesse de son artisanat d’une richesse remarquable. On y trouve des objets d’art fabriqués selon un savoir-faire ancestral : toiles peintes, colliers et bracelets de billes d’argile colorées, tissus brodés, statuettes et poteries.
Au cœur de l’Ouest ivoirien, le district des montagnes offre une autre perception du pays. Nichée au pied de reliefs verdoyants, Man mérite pleinement son surnom de « ville aux dix-huit montagnes ». Entourée de pics majestueux, verdoyants, dominée par la Dent de Man et par le mont Tonkpi, deuxième sommet du pays, c’est le point de départ idéal pour partir en rando et découvrir une nature généreuse.
Se promener sur les chemins qui serpentent entre plantations et forêts tropicales accompagné des enfants du village, observer les femmes qui lavent encore leur linge dans la rivière, humer l’air chargé de parfums exotiques et piquer une tête dans une cascade est une expérience des plus authentiques et rafraîchissantes.
Il existe aussi ici une forêt sacrée. Classée au patrimoine culturel national ivoirien, elle abrite une colonie de singes peu farouches qui se laissent vite tenter par un bout de banane !
Deux capitales pour un seul pays
Abidjan surprend dès les premiers instants. Capitale économique située sur les rives du golfe de Guinée, elle impressionne par son étendue, ses lagunes, ses ponts monumentaux, ses grandes avenues, sa cacophonie de klaxons et… ses embouteillages. Cette grande métropole d’Afrique de l’Ouest née de la colonisation joue les contrastes entre ses différents quartiers : Cocody, Marcory, Bingerville, le Plateau…
Ce dernier, au centre de la cité, est surnommé le « Manhattan africain » et se distingue par ses gratte-ciel, ses avenues rectilignes, ses monuments emblématiques, notamment la cathédrale Saint-Paul et le stade Félix Houphouët-Boigny. Ce quartier où la vie économique bat son plein abrite aussi les principales institutions politiques de la Côte d’Ivoire depuis la colonisation. Ici, la tenue de rigueur s’impose : costumes impeccables, cravates, talons aiguilles, tailleurs élégants et téléphone portable à la main.
Il suffit de quitter le Plateau pour changer totalement d’ambiance. Les rues grouillent de vie : taxis, minibus, camions, motos s’entremêlent dans des nuages de gaz d’échappement. Les trottoirs où déambule une foule compacte et incessante sont bordés d’échoppes où l’on vend, troque, répare n’importe quoi. Les femmes sont parées de couleurs éclatantes et portent sur leur tête avec élégance naturelle des paniers bien remplis, accompagnées de dizaines d’enfants enjoués qui cavalent partout.
À près de 240 kilomètres au nord, Yamoussoukro offre un visage radicalement différent. Capitale politique depuis 1983, créée de toutes pièces par la volonté de Félix Houphouët-Boigny qui y est né, la ville aux avenues démesurées, aux belles pelouses bien vertes, aux imposants bâtiments surprend par son calme presque irréel et son aspect bien léché qui la différencie des villes ivoiriennes.
L’édifice le plus emblématique est sans conteste la basilique Notre-Dame-de-la-Paix. Inspirée de la basilique Saint-Pierre de Rome, elle émerge de nulle part aux abords de la ville. Gigantesque par ses dimensions, imposante par son architecture lourde en béton, c’est une des plus grandes églises catholiques au monde. L’intérieur tranche franchement avec l’extérieur austère tant il recèle de magnifiques vitraux aux couleurs chatoyantes, une coupole de 40 mètres de diamètre, un chœur monumental surmonté d’un incroyable lustre en cristal… La lumière filtrant à travers les vitraux, les très longues enfilades de bancs de bois et coussins rouges et le silence invitent au recueillement.
Deux villes, deux atmosphères, deux visages complémentaires d’une même Côte d’Ivoire.
La fin d’une aventure
« L’étranger ne connaît pas le sentier qui passe sous les calebasses », dit un proverbe ivoirien.
Cette sagesse populaire résume à elle seule le voyage. Car la Côte d’Ivoire ne se découvre pas seulement en parcourant ses routes ou en admirant ses paysages. Elle se révèle surtout au fil des rencontres, des sourires échangés, des traditions partagées et de cette hospitalité sincère qui accompagne le visiteur à chaque étape.
Encore largement préservée du tourisme de masse, la Côte d’Ivoire offre ce que recherchent aujourd’hui tant de voyageurs : de l’authenticité, de l’émotion et le sentiment rare d’être accueilli davantage comme un invité que comme un simple visiteur.
On quitte le pays avec des images plein les yeux, des visages et des sourires gravés dans la mémoire et une certitude : la Côte d’Ivoire ne se visite pas seulement, elle se vit. Et c’est sans doute là sa plus belle richesse.
Jean-Claude Georget