Joli clin d’œil à l’assemblée générale 2025 de l’AJT, organisée à Kourou,
en Guyane : les premières “Rencontres inattendues”, imaginées parMagali Rebeaud, élue de l’association, ont réuni une cinquantaine de journalistes.
Lundi 20 avril, au Ballon de Paris, dans le parc André-Citroën, l’astronaute Claudie Haigneré et l’acteur-réalisateur Mathieu Kassovitz ont partagé
leurs regards sur les coulisses des expéditions spatiales.
Une soirée de haute volée, entre exploration, récit et aventure humaine.
Par Patricia Colman
Photos Caroline Paux
L’idée de base de ces rencontres : proposer des regards croisés et inspirants, tournés vers la découverte, l’exploration, l’audace. Mais pourquoi réunir ces deux univers en apparence éloignés ? Et bien c’est tout le mystère et la richesse de ces « Rencontres inattendues »…
D’un côté, l’astronaute Claudie Haigneré, première européenne (non soviétique) à avoir participé, il y a 30 ans, à un vol spatial dans le vaisseau Soyouz vers la station soviétique Mir. De l’autre, le comédien réalisateur Mathieu Kassovitz, lui aussi passionné par la conquête de l’espace et la technologie qui la porte. Son rôle dans le film L’Astronaute lui a permis de côtoyer l’univers de ces scientifiques qui s’ingénient à conquérir et maîtriser l’espace depuis l’après-guerre.
Et ce qui a été surprenant et inattendu pour nous… : Claudie et Mathieu s’étaient déjà rencontrés ! A Kourou lors d’un lancement. Magali savait que Mathieu était un passionné d’Espace mais elle n’imaginait pas qu’avec Claudie, ils se connaissaient. Et ils ont été véritablement ravis de se revoir et de reprendre leurs discussions que l’on a ressenties particulièrement complices, emplies de connivence. Une vraie belle surprise pour tous !

Nos deux conférenciers ont évoqué cette Cité des Étoiles, non loin de Moscou, où les ingénieurs soviétiques préparent les astronautes et les vols. « J’y ai passé une dizaine d’années et après la chute du mur on a découvert tous les micros cachés sous les tables, dans les chambres », se souvient celle qui fut aussi ministre déléguée à la Recherche et aux nouvelles technologies et ministre déléguée aux Affaires européennes, en 2002-2004.
« Tout autour, c’est le cosmos noir. On voit bien cette fine pellicule d’atmosphère, et c’est là où on ressent la fragilité, la vulnérabilité
de la planète. Cette planète-là, c’est le vaisseau de l’humanité.
Et qui est responsable de l’entretien du vaisseau spatial
qu’est la planète Terre ? C’est l’humanité. »
Claudie Haigneré
À 400 km d’altitude…
« En y repensant, la technologie, les matériaux font sourire, avec ces boutons en Bakélite » évoque-t-elle l’air amusé. « On avait déjà et c’est toujours le cas, des sièges moulés à notre corps ». Et l’acteur de renchérir, ironique : « la Cité des Étoiles c’est l’inverse de la technologie ». Des souvenirs qui illustrent l’audace et l’enthousiasme de celle qui était, jusqu’il y a quelques semaines, la seule française à être allée voir la planète de tout là-haut, à 400 km d’altitude. Depuis, Sophie Adenot, est partie, le 13 février, pour un séjour de 8 mois dans la station spatiale internationale, dans le cadre de la mission Crew-12.
« Je suis morte plusieurs fois en simulateur.
Quand on nous enchaîne des dépressurisations et des feux à bord, les premières fois, on ne s’en sort pas sain et sauf. »
Claudie Haigneré
Sélectionnée en 1985, embarquée en… 1996
Enfant, Claudie avait rêvé d’espace quand la navette américaine Apollo 11 a aluni en 1969. De là à être sélectionnée pour un vol… « Au début c’étaient des militaires qui avaient accès à ces carrières », se souvient-elle. Brillant sujet, elle devient docteur en neurosciences. « Je vois passer un jour l’annonce que le programme spatial recrute des médecins. J’ai sauté sur l’occasion ». Elle sera sélectionnée en 1985 et s’est envolée dans l’espace pour la première fois en 1996 pour rejoindre la station Mir. Dix ans d’entraînement et de rigueur, « un apprentissage des moindres gestes qu’il fallait automatiser afin d’anticiper et assimiler un maximum de réactions aux situations prévisibles ou non ».
« Cette fusée avait été tirée 1 500 fois, sans aucun accident,
avant que je ne m’installe à son sommet. »
Claudie Haigneré
Aventure scientifique
Si Claudie Haigneré considère que la conquête de l’espace est inhérente au progrès de l’humanité pour ce qu’elle peut lui apporter de positif, Matthieu Kassovitz avoue être « fasciné par la technologie, la créativité des ingénieurs, l’aventure scientifique, mais aussi la rotondité de la terre, la beauté de notre planète. »
« Je voulais faire un film dans l’espace, sur Terre, mais sans passer par les câbles et tout le merdier. Si j’avais pu monter là-haut
avec une caméra, je serais monté avec une caméra. »
Mathieu Kassovitz
Tourisme spatial
Tous deux ont évoqué le sens du tourisme spatial. L’actuelle ambassadrice de l’Agence Spatiale Européenne s’interroge, certes, sur l’impact environnemental « de ce tourisme qui est sans intérêt scientifique et peu raisonnable, mais il est peut-être un soutien pour la communauté scientifique ». En revanche, plus radical, le cinéaste considère que « l’espace, comme l’Antarctique, devraient être réservés exclusivement aux scientifiques. La démocratisation de l’espace me fait de la peine » conclut-il.
« Allez en Guyane, allez voir un lancement. Posez-vous,
regardez ce qui se passe, sentez la vague arriver et dites-vous :
ça, c’est l’homme qui fait ça ? »
Mathieu Kassovitz
Quels enfants laisser à la planète ?
C’était sympathique de voir la complicité de ces deux personnalités, aux vies toutes deux si riches d’univers diamétralement différents échanger, débattre et s’interroger sur la finalité de notre monde, de notre planète et surtout de notre humanité. Pour le mot de la fin, Claudie Haigneré a estimé que plutôt que de s’interroger sur la planète que l’on va laisser à nos enfants, il serait bien de s’interroger sur les enfants qu’on laisse à la planète…

« Elon Musk fait n’importe quoi. Envoyer mille fusées par an
pour coloniser Mars, une planète invivable dans laquelle
personne ne peut tenir. »
Mathieu Kassovitz


Le Ballon de Paris : une vue imprenable sur Paris à bord d’un outil scientifique
En ouverture de cette première des Rencontres inattendues, Jérôme Giacomoni et Matthieu Gobi, co-présidents de la société aerophile, sont venu présenter l’histoire du ballon de Paris et les applications de la technologie de ballon captif.

Le ballon Generali de Paris est le plus grand ballon captif du monde ! Ses dimensions sont impressionnantes : 34 mètres de haut pour 22,5 mètres de diamètre.
Installé au cœur du Parc André Citroën (Paris XVe, il peut embarquer jusqu’à 30 passagers à 150 mètres d’altitude (et peut même monter jusqu’à 300 mètres pour des vols scientifiques), offrant une vue imprenable, à 360°, sur Paris et ses monuments.
Relié au sol par un câble et gonflé avec 6 200 m3 d’hélium, c’est le seul aéronef électrique homologué pour le grand public. Il ne produit aucun rejet dans l’atmosphère et est totalement silencieux.
En plus d’offrir une expérience de vol magique au-dessus de Paris, le ballon a une dimension scientifique au service de l’environnement, puisqu’il indique la qualité de l’air parisien. Véritable laboratoire volant, avec ses nombreux instruments de mesures scientifiques embarqués, il a également une mission de sensibilisation au changement climatique.
Il a été conçu par la société Aerophile, leader mondial des grands ballons captifs (tout comme son « petit frère », le fameux ballon-vasque des Tuileries lors des JO de Paris 2024). Depuis 30 ans, Aerophile a vendu 125 ballons captifs dans 40 pays dont certains sont dans de gros sites touristiques (les chutes du Niagara), des parcs d’attractions (Disney World), des sites archéologiques (Les temples d’Angkor au Cambodge), de grandes villes comme Berlin, Budapest…
Magali Rebeaud

