Coup de tonnerre pour la vallée de Vallouise-Pelvoux (Hautes-Alpes) et lourd défi à relever pour notre consœur de l’AJT et maire de cette commune, Gaëlle Moreau. Des crues de boue ont emporté le 28 août trois portions de la route très fréquentée par les randonneurs et amoureux de cette belle vallée du parc national des Écrins. Le coût et les aléas climatiques ne permettent pas une reconstruction à l’identique de cet accès au célèbre Pré de Madame Carle. D’autres solutions sont à l’étude.
Lieu très prisé des randonneurs en montagne l’été, pour ses sentiers pittoresques sous le regard de sommets majestueux, le parc national des Écrins et sa charmante vallée de Vallouise-Pelvoux dans les Hautes Alpes ont été balayés par des pluies diluviennes entraînant de grosses et brutales coulées de boue et de roches, les 27 et 28 août. Cette petite commune dont la maire est notre consœur Gaëlle Moreau, s’est figée pendant une douzaine d’heures alors que se déchaînaient les éléments naturels. « Il est tombé entre 80 et 110 millimètres d’eau ce jour-là », précise Gaëlle.
Accès impraticable
L’eau du Gyr qui est montée brutalement de plusieurs mètres a emporté la route départementale entre Ailefroide et le Pré de Madame Carle, à trois endroits sur 5 km, la rendant non carrossable. « Sur une portion, il y a un canyon de 30 m de profondeur », précise Gaëlle Moreau, élue depuis 2022.
Un des campings a dû être évacué tandis que le parcours sportif équipé d’agrès a été emporté par les eaux tumultueuses ainsi que d’autres infrastructures routières et des voitures en stationnement. Les dégâts de trois coulées de boue provenant de trois torrents dont celui de Saint-Pierre rendent l’accès impraticable en voiture « pour une durée indéterminée », prévient l’administration du Parc national des Écrins.
La situation a fait l’objet d’une réunion préfectorale, le 2 septembre, en présence de Gaëlle Moreau et du président du département, Jean-Marie Bernard, ainsi que du président du parc, Arnaud Murgia, qui est aussi maire de Briançon.
Un constat douloureux
Le constat est douloureux car le déchaînement de la nature a profondément endommagé les berges, les voiries et les réseaux des bourgs de Vallouise et Pelvoux, où résident 1 300 personnes à l’année, mais accueillent 10 000 personnes l’été et 6 000 l’hiver.
À certains endroits, les décaissements sont si profonds qu’on a peine à imaginer les volumes de matériaux faramineux concernés par ce chambardement.
Depuis le passage de la crue, des pelleteuses s’activent pour favoriser le retour des torrents dans leur lit et consolider les berges du Gyr. Toutefois, l’ampleur des dégâts contraint les autorités à un verdict difficile mais sans appel : « nous n’allons pas reconstruire cette route emportée du moins sur sa partie amont », a déclaré J.M. Bernard, tandis que le président du parc confirmait : « nous ne reviendrons pas à la situation antérieure quand on voit ce qui est tombé et ce qui reste à tomber ».
Ce sont donc à la fois des raisons financières et environnementales qui motivent cette décision. Si le coût estimé de la reconstruction est de 1,7 million d’euros, la menace des aléas climatiques futurs impose ce choix drastique, très difficile mais réaliste.
Créer de zones de parking
Ce ne sera pas sans conséquence quand on sait que quelque 92 000 randonneurs ont emprunté cette route emblématique, la plupart accédant au Pré de Madame Carle en voiture, soit 29 000 véhicules par an. Pour Vallouise-Pelvoux, l’enjeu est considérable comme l’a souligné Gaëlle Moreau, qui explique qu’elle va devoir « trouver des espaces pour créer des zones de parking aménagées dans la commune et ainsi se tourner vers de la mobilité douce. » Et d’ajouter : « nous pourrons ainsi redécouvrir nos sommets et notre montagne à un autre rythme. »
Troisième déclaration de catastrophe naturelle
Alors que la reconnaissance d’état de catastrophe naturelle est attendue par les autorités locales afin d’effectuer les travaux de protection des habitations, chacun partage l’avis de Madame la maire. « Il faut envisager de faire un accès différent », admet aussi Arnaud Murgia.
L’idée d’installer des navettes tout terrain est évoquée tandis que les plus sportifs s’y rendront à pied, soit 1 h 15 de joli sentier. Déjà, dans le passé, le village a connu une telle situation puisque « c’est la troisième fois que je fais une déclaration de catastrophe naturelle », se désole Gaëlle Moreau, qui alerte une nouvelle fois sur la spécificité de la montagne vis-à-vis de la loi sur l’eau.
« Elle a été faite pour les fleuves de plaine et ne tient pas compte des caractéristiques des torrents de montagne. Nous croulons sous les procédures administratives pour extraire le surplus des matériaux déposés dans le cours des torrents. Nous devons laisser le torrent divaguer en tresse au détriment des biens et des infrastructures. On nous interdit le curage du cours des torrents, pourtant cela nous éviterait ou limiterait, si on pouvait creuser leur lit, ces débordements qui entraînent des flux de cailloux et boues dévastateurs », explique notre consœur. « Aujourd’hui, le lit des torrents est, à force d’accumulations, plus élevé que le flanc qu’ils dévalent. Nous alertons les pouvoirs publics sur cette évidence mais le temps administratif ne correspond pas au temps des crues », regrette-t-elle.
Conséquences immédiates et pour la prochaine saison
Bien que le cœur de la saison touristique se termine, les autorités se préoccupent donc non seulement des conséquences immédiates, en particulier de la fin de l’accessibilité en voiture du Pré de Madame Carle, mais aussi de la prochaine saison.
Cette destination est en effet emblématique pour l’économie locale. Rappelons que ce joli site des Hautes-Alpes, à 1 874 m d’altitude, doit son nom à Françoise de Brun, veuve Jean Carle, qui gérait seule les alpages et estives du secteur au XIVe siècle. Il avait déjà subi une crue sévère en 2024.
Avec un retour du soleil très aléatoire et donc l’assèchement progressif des terrains qui tarde, les autorités du parc déconseillent aux randonneurs de se rendre dans le fond de la vallée de la Vallouise ainsi que dans celui de l’Oisans, également très touché par les crues.