Cap sur l’Ouest guyanais et le fleuve Maroni. Lors de l’assemblée générale de l’AJT en Guyane (20 au 25 novembre 2025), notre groupe a exploré le territoire par étapes : Centre spatial de Kourou, Îles du Salut, camp Maripas, circuit gastronomie, puis circuit cultures amérindiennes. La série se poursuit ici à Saint-Laurent-du-Maroni, ville-frontière au riche patrimoine et au cœur d’une mosaïque humaine unique, près du Maroni, artère vitale de la Guyane.
Pour ce nouvel épisode, Caroline Paux nous embarque en car à travers Saint-Laurent-du-Maroni, capitale de l’Ouest guyanais posée sur les rives du fleuve-frontière. Guidée par Claude Wayakalin, guide à l’office du tourisme de Saint-Laurent-du-Maroni, la visite déroule une ville faite de paradoxes. Une cité née du bagne, longtemps isolée, aujourd’hui cosmopolite. Du “Petit Paris” aux briques rouges, aux traces de l’histoire pénitentiaire, Saint-Laurent se révèle par couches, au rythme des quartiers et des langues. Un portrait d’une ville-monde, où le Maroni unit plus qu’il ne sépare.
GUYANE AMAZONIE : CARNET DE ROUTE DE L’AJT (6)
Au bout du Maroni, une ville qui ne ressemble à aucune autre
Par Caroline Paux
Il est des villes dont on pressent, avant même d’y poser le pied, qu’elles ont quelque chose à vous raconter. Saint-Laurent-du-Maroni est de celles-là. Capitale de l’ouest guyanais, posée en bordure de ce fleuve majestueux qui sert à la fois de frontière, de route et de mémoire, elle s’était déjà laissé deviner depuis l’eau, lors d’une balade en pirogue sur le Maroni qui nous avait mis en appétit. C’est à bord d’un car, guidés par une voix passionnée et érudite, que nous avons ensuite entrepris de la découvrir autrement, une rue après l’autre, une histoire après l’autre.
Embarquement : un car, un guide, et mille ans d'histoires
Le rendez-vous avait été fixé le dimanche en milieu de matinée. Le ciel de Guyane promettait une journée lourde et lumineuse comme cette région sait en offrir. Notre groupe de journalistes, encore portés par la force d’une balade en pirogue sur le Maroni (une expérience à part entière dont nous parlerons dans un prochain Carnet de route) est prêts à découvrir la ville par ses rues cette fois, à bord d’un car. Notre guide, Claude Wayakalin, animateur à l’Office du tourisme de Saint-Laurent-du-Maroni, en tee-shirt bleu ti’punch, se présente avec un sourire tranquille. Il nous attend debout à l’entrée du véhicule, micro en main, le regard déjà allumé de tout ce qu’il a à partager.
« Vous allez voir une ville qui s’est construite sur des paradoxes », annonce-t-il dès les premiers mètres. « Elle est née du bagne. Elle a été coupée du monde pendant des décennies, et elle est aujourd’hui l’une des plus cosmopolites de France. »
Née du bagne, devenue ville
Saint-Laurent-du-Maroni. Le nom lui-même sonne comme une promesse romanesque. Fondée au milieu du XIXe siècle pour servir de point d’entrée au bagne colonial, la ville a longtemps porté le poids de cette origine. Elle a servi de porte d’entrée à des milliers de condamnés. Des criminels de droit commun et des prisonniers politiques confondus, que la République française entendait éloigner et faire travailler. Mais les villes ont ceci de remarquable qu’elles finissent toujours par dépasser le destin qu’on leur a assigné.
Tandis que le car s’éloigne du centre et commence à décrire sa grande boucle à travers les artères de la ville, Claude prend soin de planter le décor géographique. Saint-Laurent est le chef-lieu de la circonscription de l’ouest guyanais, à environ 250 kilomètres à vol d’oiseau de Cayenne, la capitale régionale, soit plusieurs heures de route à travers une jungle dense et magnifique. Sa position, sur la rive gauche du Maroni, en fait une ville frontière au sens littéral : de l’autre côté du fleuve, à portée de voix et de pirogue, c’est le Suriname.
Le Petit Paris : quand la Guyane rêvait de grandeur
Le car ralentit, presque imperceptiblement, comme pour nous laisser le temps de comprendre ce que nos yeux commencent à voir. Une avenue large, bordée d’arbres centenaires, des façades à colonnades, des maisons aux balcons ouvragés, un ordonnancement presque haussmannien que rien ne laisse pressentir dans la végétation environnante. « Bienvenue dans le Petit Paris », dit Claude avec la satisfaction de celui qui sait qu’il vient de frapper juste.
L’expression n’est pas usurpée. Certains quartiers de Saint-Laurent affichent une architecture coloniale d’une rare élégance, fruit d’une ambition urbaine qui tranche avec l’image qu’on peut se faire d’une ville bagnarde. Les bâtisseurs de l’époque pénitentiaire ont en effet doté la cité d’une infrastructure remarquable : larges avenues tracées au cordeau, espaces publics ordonnés, bâtiments officiels imposants. L’administration coloniale, consciente de sa mission civilisatrice autoproclamée, avait souhaité faire de Saint-Laurent une vitrine. Une ville où l’ordre républicain s’affichait avec ostentation, même au prix du travail forcé de ceux qu’elle avait condamnés à y construire leur propre prison.
Certaines maisons créoles, avec leurs vérandas ajourées et leurs jardins luxuriants, semblent sorties d’un roman de Maryse Condé. Dans le car, nous écoutons, nous volons quelques photos à travers les vitres. Pas toujours facile !
Quelques photos « volées » au passage du car dans les rues de Saint-Laurent-du-Maroni.
L'ancien hôpital : la médecine au temps des bagnards
Nous faisons une première halte à l’ancien hôpital colonial André-Bouron. Nous descendons du car. Appareils et téléphones se lèvent à l’unisson. Chacun cherche son angle, sa lumière, son fragment de cette Guyane inattendue. C’est un vestige de l’époque pénitentiaire. Le bâtiment impose encore son volume, même si les années et le climat tropical ont entrepris leur lent travail de reconquête. Les murs épais, conçus pour résister à la chaleur étouffante, les hautes fenêtres par lesquelles on cherchait à capter le moindre souffle d’air, la disposition en pavillons séparés qui témoignait des théories hygiénistes du XIXe siècle. Tout ici parle d’une époque révolue.
A l’époque, une mortalité qui fait frémir
Notre guide nous rappelle dans quel contexte sanitaire catastrophique fonctionnait ce lieu. La Guyane a longtemps été synonyme de mort pour les Européens qui s’y aventuraient. Le paludisme, la fièvre jaune, les maladies tropicales innombrables décimaient aussi bien les gardiens que les bagnards. L’hôpital était perpétuellement débordé, les conditions d’hygiène souvent déplorables malgré les efforts des médecins militaires qui y officiaient. Les archives évoquent des statistiques de mortalité qui feraient frémir n’importe quel épidémiologiste contemporain.
« Les bagnards qui mouraient ici étaient enterrés sur place ou dans les cimetières alentour, précise notre guide. Beaucoup de familles cherchent encore aujourd’hui à retrouver la trace de leurs aïeux. C’est un travail de mémoire qui n’est pas fini. »
Depuis cet emplacement, on perçoit aussi combien la ville a grandi autour de ses propres fantômes. Les infrastructures sanitaires actuelles (le centre hospitalier de Saint-Laurent est un établissement moderne et bien équipé) ont pris le relais. La médecine a progressé, le regard sur la maladie a changé. Mais cet hôpital-là, même en désuétude partielle, continue de témoigner d’une histoire médicale et sociale de la Guyane.
Nous sommes tous éparpillés et Claude, patient, nous attend, amusé, habitué à ces apartés silencieux où les journalistes retrouvent leurs réflexes de chasseurs d’images. « Prenez le temps, dit-il. Cette ville mérite qu’on la regarde. Mais il faut quand même se presser, la visite se poursuit ! »
Une ville aux mille quartiers
Au-delà du Petit Paris strictement dit, d’autres quartiers racontent d’autres facettes de la ville. Il y a le centre-ville commerçant, animé les jours de semaine, où les boutiques se succèdent. Il y a les quartiers plus populaires, où les maisons en bois sur pilotis rappellent les architectures du monde fluvial, adaptées aux caprices d’un sol parfois inondable. Il y a aussi les espaces plus récents, moins pittoresques, où les nécessités du logement social ont primé sur l’esthétique, mais qui témoignent d’une ville en croissance rapide, confrontée aux défis de l’urbanisme contemporain.
La villa du sous-préfet, un bâtiment chargé de mémoire
Le car marque un nouvel arrêt devant un bâtiment qui tranche par son allure officielle et presque hautaine. La villa du sous-préfet. Bel édifice colonial aux volets fermés, entouré d’un jardin soigné et de fils barbelés, avec cette aura de sérénité distinguée que les maisons de représentation ont toujours su dégager.
« Ce bâtiment, nous explique Claude, n’a pas toujours appartenu à la République dans cette fonction. Il était à l’origine la résidence du directeur de l’administration pénitentiaire, le grand patron du bagne. Celui qui supervisait l’ensemble du système carcéral guyanais. »
Du directeur du bagne au sous-préfet de la République
Il faut imaginer l’homme qui vivait là, dans ce confort relatif, dominant de sa terrasse la ville qu’il administrait, une ville dont la raison d’être était le contrôle et l’exploitation des forçats. Il recevait des rapports, signait des ordres, gérait les évasions et les punitions avec la froide efficacité d’un fonctionnaire convaincu de son utilité. La villa a changé de locataire et de fonction. Le sous-préfet y réside aujourd’hui, représentant de l’État dans une circonscription pacifiée et libre. Mais les murs, eux, se souviennent.
La ville n’a pas cherché à effacer son passé pénitentiaire, ce serait impossible, et probablement vain. Mais elle l’a intégré dans un récit plus large, celui d’une communauté qui s’est construite malgré tout.
Une halte inattendue : les fruits du Maroni
C’est l’un de ces moments qu’aucun programme ne peut anticiper et qui restent pourtant longtemps en mémoire. Le car ralentit encore, et s’arrête. Nous avons repéré un stand au bord de la route qui présente des fruits et des objets artisanaux. À l’ombre d’un arbre généreux, une table avait été dressée. Des montagnes de noix de coco, des mangues et autres spécialités locales. Des couleurs qui semblaient posées là exprès pour un peintre ou un photographe.
« Je m’arrête souvent ici », dit Claude avec la simplicité de l’évidence. Le fleuve est juste derrière et une femme, sur un ponton de bois, lave son linge, entourée de trois jeunes enfants. La petite famille nous observe avec la curiosité sage des enfants qui ont appris à ne pas être intimidés et garde cette réserve polie face aux groupes. Puis, voyant que nous approchons sans précipitation, avec cet intérêt sincère que les gens de terrain savent reconnaître, elle s’anime et nous sourit timidement.
Nous avons acheté, goûté, souri. Les mangues étaient parfaites. Ce genre d’instant vaut tous les musées du monde.
Au détour de la route, une halte improvisée chez un vendeur de fruits. Noix de coco, mangues et artisanat local composent une scène simple et chaleureuse, où l’échange se fait naturellement.
Saint-Laurent, ville-monde
Notre guide profite de cette pause pour nous parler de la population de Saint-Laurent. La ville compte aujourd’hui plus de 51 000 habitants et ne cesse de croître, portée par un solde migratoire exceptionnel. On y croise des Créoles guyanais, héritiers de la colonisation et de l’esclavage, qui forment le fond culturel de la région. Des Bushinengués (Ndjukas, Saramakas, Alukus, Paramacas). Ce sont les descendants des esclaves qui s’enfuirent des plantations surinamaises aux XVIIe et XVIIIe siècles et qui fondèrent dans la forêt des sociétés libres et fières, parmi les plus remarquables de l’histoire de l’émancipation africaine dans les Amériques. Des Amérindiens Kali’na et Palikur, dont la présence sur ces terres est bien antérieure à toute colonisation. Des Haïtiens, des Brésiliens, des Surinamais, des Chinois, des Hmongs venus du Laos après 1975. Une mosaïque humaine qui donne à Saint-Laurent un caractère de ville-monde absolument unique sur le sol français.
Face au Maroni : le fleuve comme horizon
Le car poursuit sa progression vers le bord du fleuve, et là, le décor change une nouvelle fois. Le Maroni dans toute sa largeur imposante, sombre et puissant, glisse vers l’Atlantique avec cette lenteur apparente des grands fleuves qui dissimule des courants redoutables. Sur l’autre rive, le Suriname. Des toits, des arbres, des silhouettes. Une frontière qui n’en a pas vraiment l’air, parce que les familles la traversent depuis toujours, parce que les pirogues vont et viennent selon leurs propres règles, parce que le fleuve unit plus qu’il ne sépare.
Claude nous raconte que le Maroni est bien plus qu’une limite géographique. C’est une route, un marché, un espace de vie partagé. Des milliers de personnes le franchissent chaque semaine pour travailler, commercer, rendre visite à des parents. Les autorités des deux pays ont depuis longtemps appris à composer avec cette réalité transfrontalière qui défie les catégories administratives classiques.
Le port de l’Ouest et ses pirogues
Nous passons devant le port de l’Ouest et découvrons de nombreuses pirogues. Certaines motorisées, propulsées par des hors-bord puissants, d’autres plus petites et plus traditionnelles, amarrées à quelques mètres du bord.
Les pirogues du Maroni méritent qu’on s’y arrête. Ces embarcations à fond plat, certaines encore taillées dans de grands arbres selon des techniques ancestrales bushinengués, sont les véritables véhicules de cet ouest guyanais. Elles relient les communautés de l’intérieur, les villages amérindiens et bushinengués qui parsèment les rives du fleuve sur des centaines de kilomètres, à la ville. Elles transportent le poisson, les légumes, les médicaments, les nouvelles. Dans un territoire où les routes n’existent souvent pas, le fleuve est l’autoroute.
Les maisons tournées vers l’eau
Le long de la berge, les maisons qui donnent sur le Maroni ont toutes ce quelque chose de particulier : une terrasse ou une véranda tournée vers l’eau, comme si leurs habitants ne pouvaient se résoudre à lui tourner le dos. Certaines sont modestes, les pieds presque dans le fleuve lors des crues. D’autres sont plus cossues, avec des jardins soignés qui descendent jusqu’au bord. Partout, des barques amarrées, la pirogue familiale, aussi indispensable que la voiture en métropole.
Les maisons sont bâties au bord du fleuve.
Le Maroni, frontière sensible de l’or clandestin
Mais à Saint-Laurent-du-Maroni, la beauté paisible du fleuve ne dit pas tout. Claude nous explique que derrière ce décor de frontière vivante, la ville se trouve aussi au cœur des routes clandestines liées à l’orpaillage illégal sur le Maroni. Les sources publiques décrivent un territoire stratégique, à la fois point de passage, de ravitaillement et de contrôle, dans un trafic transfrontalier nourri par la proximité du Suriname. Saisies de pirogues, destruction de sites illégaux, opérations de gendarmerie : l’ouest guyanais reste sous forte pression. Ici, l’or ne raconte pas seulement une aventure amazonienne, mais aussi une économie souterraine bien installée.
Une ville vivante, une ville en mouvement
Au fil de notre circuit, plusieurs arrêts photographiques nous permettent d’admirer certaines maisons, des rues. Nous sommes dimanche et c’est très calme. La ville où la vie s’étale sans façon, sans cette pudeur de certaines cités françaises qui préfèrent tenir leurs habitants à l’intérieur. Ici, on vit dehors. On parle sur les pas de porte. On s’interpelle d’un trottoir à l’autre. Les jeunes se retrouvent aux carrefours, à moto ou à vélo, dans un bruit de moteurs et de musiques mélangées.
Plusieurs langues pour une seule ville
La langue est une aventure permanente, nous explique notre guide. Le français est la langue officielle, celle de l’école et de l’administration. Mais dehors, dans la rue, dans les marchés, c’est une autre réalité. Le taki-taki domine dans de larges pans de la ville. Le créole guyanais résonne dans les commerces. Le portugais brésilien se mêle aux conversations de certains quartiers. On entend parfois le sranan tongo venu du Suriname, ou des langues bushinengués dont les sonorités africaines n’ont pas fini de traverser les siècles. Saint-Laurent parle au monde dans une dizaine de langues et s’en sort très bien.
Les défis d’une ville-frontière
Cette diversité culturelle n’est pas qu’un argument touristique. Elle est une réalité quotidienne qui se négocie, parfois avec tension, souvent avec une inventivité sociale remarquable. La ville fait face à des défis considérables : une pression démographique intense, des infrastructures parfois insuffisantes, une économie informelle très développée, une immigration constante depuis le Suriname et le Brésil. Mais elle possède aussi une vitalité rare, une capacité à absorber, à inventer, à composer.
Claude se montre d’une franchise appréciable. Il ne nous vend pas une ville idéale. Il nous parle aussi des inégalités persistantes, de la scolarisation difficile dans certains quartiers, des tensions entre communautés qui peuvent surgir autour des ressources, des emplois, des espaces.
Le camp de la transportation : une ombre présente
Notre itinéraire nous conduit à passer devant les murs du Camp de la transportation, ce lieu central de la mémoire bagnarde que le monde entier connaît sous le nom de « camp du bagne ». Impossible de ne pas en parler. Le car ralentit, les visages se tournent vers les hauts murs crème, les toits de tuiles visibles par-dessus les clôtures. Mais nous ne nous arrêtons pas. Ce n’est pas l’heure. Une visite distincte, approfondie, est en effet prévue dans l’après-midi pour plonger dans les profondeurs de ce site exceptionnel, classé au titre des monuments historiques. François Rousselle va nous raconter cette découverte émouvante dans notre prochain Carnet de route.
Pour l’heure, Claude se contente de quelques mots évocateurs, posés avec délicatesse. « Vous verrez tout cela de près. Pour l’instant, regardez juste la ville autour. Regardez comment elle a grandi malgré ces murs, comment elle a réussi à ne pas se définir seulement par eux. » Invitation à la nuance que nous notons tous, journalistes toujours à l’affût de la formule juste.
Dans le Maroni, les vestiges de l’appontement administratif marquent l’ancien point d’arrivée des convois de transportés et relégués, débarqués deux fois par an depuis Saint-Martin-de-Ré. Ce port en forme de T, équipé pour le déchargement des vivres et des marchandises, était un maillon essentiel du système pénitentiaire.
Des couches d’histoire superposées
Nous terminons notre boucle. La ville est un livre ouvert. Elle est à la fois solennelle dans ses quartiers historiques et bouillonnante dans ses zones populaires. Elle est française par son administration, mais profondément plurielle par son rythme de vie. Pour nous, journalistes de l’AJT, cette traversée en car a été bien plus qu’une visite touristique : ce fut une plongée dans la complexité d’une France sud-américaine incroyablement attachante. On repart de Saint-Laurent avec l’image d’une ville qui ne ressemble à aucune autre, une ville qui vous force à regarder le monde avec plus de nuances.
En nous quittant, notre guide Claude nous lance un « Revenez ! ». Comme si la matinée n’avait été qu’une introduction, un premier chapitre. Il a raison. Saint-Laurent mérite qu’on y revienne.
Repères d’une ville singulière
Une ville née du bagne
Saint-Laurent-du-Maroni ne s’est pas développée comme les autres villes guyanaises. Elle a été fondée par l’administration pénitentiaire à la fin du XIXe siècle et porte encore, dans son plan et son architecture, la marque de cette histoire hors norme. Aujourd’hui encore, le passé du bagne structure fortement l’identité de la ville.
Le Camp de la Transportation, cœur de mémoire
Impossible de comprendre Saint-Laurent sans passer par le Camp de la Transportation. Cet ancien lieu majeur du système pénitentiaire est devenu l’un des sites patrimoniaux les plus emblématiques de la ville. Il continue d’abriter des activités culturelles et reste un repère central dans la mémoire locale.
La signature des briques rouges
À Saint-Laurent, les maisons anciennes se reconnaissent souvent à leurs briques rouges. Cette teinte n’est pas un effet de style : elle vient de l’usage de matériaux locaux, devenus au fil du temps l’une des marques visuelles les plus fortes du centre historique. Même la ville met aujourd’hui en avant cette histoire de la brique locale dans sa valorisation patrimoniale.
Le Village chinois, un quartier d’histoire
Saint-Laurent ne se raconte pas seulement à travers le bagne. Le Village chinois fait lui aussi partie des quartiers historiques de la ville. Il témoigne d’une histoire urbaine plus diverse, faite de circulations, d’installations de populations et de vies commerçantes qui ont façonné l’ouest guyanais.
Un patrimoine encore vivant
Saint-Laurent-du-Maroni ne regarde pas seulement son passé : elle cherche aussi à mieux le transmettre. Visites guidées, Journées européennes du patrimoine, rénovation du centre-ville, projets culturels… la commune travaille à faire de son héritage architectural et historique un vrai levier d’attractivité.
Une reconnaissance nationale
La Ville de Saint-Laurent-du-Maroni a obtenu le label Ville d’art et d’histoire le 26 décembre 2005, décerné par le ministère de la Culture et de la Communication. Ce programme valorise la diversité des patrimoines (naturels, paysagers, architecturaux, urbains, techniques et ethnologiques ) constitutifs de l’identité territoriale. Saint-Laurent dispose à ce titre d’un riche ensemble de décors d’époque.
Photographies ©Caroline Paux
Plus d’infos
• Contact Comité du tourisme de la Guyane :
A paris : 5, rue de Stockholm, 75008 Paris – Tél. : 01 42 94 15 16.
A Cayenne : 12, rue Lallouette – 97300 Cayenne – Tél: 05 94 29 65 00
• Office de tourisme de Saint-Laurent-du-Maroni : 1 Esplanade Laurent Baudin, Saint-Laurent-du-Maroni 97320, Guyane française – Tél. : (+594) 594 34 23 98
• Air Caraïbes relie directement Paris à Cayenne toute l’année. Le vol, d’une durée comprise entre 8 et 9 heures selon les conditions de vent, permet de rejoindre la Guyane française sans escale. Hors saison, les premiers tarifs s’affichent autour de 600 €
Dans nos prochains Carnets de route sur Saint-Laurent-du-Maroni
François Rousselle nous présente le Camp de la transportation à Saint-Laurent-du-Maroni. Aliette de Crozet nous embarque en pirogue sur le Maroni et Frédérique Hermine nous raconte la visite de la dernière rhumerie de Guyane, la Rhumerie St-Maurice.