Nouvelle étape pour l’AJT, à Cayenne cette fois-ci, avec la découverte des salines de Rémire-Montjoly et la mangrove de la Pointe Buzaré. Après le Centre spatial de Kourou, les Îles du Salut, le camp Maripas, les escales gourmandes et culturelles, Saint-Laurent-du-Maroni, le Camp de la Transportation, la balade en pirogue sur le Maroni et la visite de la rhumerie Saint-Maurice, le carnet de route guyanais de l’AJT revient vers le littoral de Cayenne. Ce nouveau volet explore une Guyane fragile et vivante, entre biodiversité, paysages mouvants et nécessaire transmission.
Frédérique Hermine nous emmène aux salines de Rémire-Montjoly, refuge naturel aux portes de Cayenne, sur les traces des tortues marines, des caïmans et d’un littoral sous surveillance. Stéphane Jaladis prolonge cette immersion à la Pointe Buzaré, où la mangrove raconte à sa manière les forces de l’Amazone, la richesse des palétuviers. Deux regards complémentaires sur un territoire où la nature se découvre autant qu’elle se protège.
GUYANE AMAZONIE : CARNET DE ROUTE DE L’AJT (8)
Les salines de Rémire-Montjoly, refuge vivant du littoral guyanais
Texte et photos Frédérique Hermine
Les salines de Rémire-Montjoly, dans la banlieue de Cayenne, offrent aux touristes comme aux locaux une bulle de verdure et un espace pédagogique pour tout savoir sur la biodiversité du littoral et comment la préserver. Nous sommes partis sur les traces des tortues et des caïmans avec le protecteur des lieux Benoit de Thoisy.
Ici, l’eau douce des pluies rencontre l’eau salée des grandes marées. Pour éviter que les quartiers riverains ne soient inondés, la plage est régulièrement ouverte afin que les salines se déversent vers la mer. Ce va-et-vient naturel façonne un écosystème unique mais d’une harmonie précaire. La réserve n’est pas qu’un décor; elle borde l’un des plus grands sites de ponte de tortues marines en Guyane mais aussi dans le monde.
Chaque année, de janvier à août, trois espèces – la tortue luth, la tortue verte et la tortue olivâtre – promènent leur carapace sur ce littoral. Aujourd’hui, l’érosion a réduit l’espace disponible et les femelles trouvent moins de sable pour déposer leurs œufs en toute sécurité.
Des associations locales ont donc mis en place des écloseries naturelles pour les surveiller jusqu’à l’émergence des bébés tortues. Ils sont ensuite relâchés au bord de la plage, pas directement dans la mer, afin qu’ils mémorisent le rivage pour revenir, un jour, y pondre à leur tour.
On apprend également avec Elouana que les tortues ne sont pas seulement menacées par l’érosion, mais aussi par des centaines de kilomètres de filets dérivants illégaux qui les prennent au piège et les étranglent, par le braconnage, surtout pour les œufs, par la prédation canine, la pollution lumineuse…
Protéger et sensibiliser
Les salines sont devenues un lieu clé pour expliquer ces réalités complexes au grand public. La dimension éducative s’étend à d’autres espèces comme les iguanes et les dauphins sotali, petits cétacés côtiers.
Benoit de Thoisy, conseiller scientifique et conservateur du site, s’emploie avec son équipe à rappeler les règles (les chiens doivent être tenus en laisse, il ne faut pas toucher ni éclairer les tortues, il est interdit de laisser des déchets sur place…). Il reconnaît que « la protection de la biodiversité demande du temps, des autorisations, des budgets, une coordination fine entre chercheurs, associations et institutions ».
On saisit aussi la fragilité des équilibres, dépendants de financements parfois incertains, de choix politiques lointains, de la capacité collective à considérer le vivant comme une priorité.
Pour le touriste, l’expérience est rare : avec Thibault Lebrun, le garde technicien, on observe des aigrettes, un agoutis, un cabiai, des chauve-souris, un colibri, on essaie d’apercevoir les caïmans rouges et ceux à lunette dans les racines araignées des palétuviers, on suit la trace d’un jacana sur le sable.
Les salines de Rémire-Montjoly se révèlent alors un lieu où le tourisme devient un acte de transmission, et de sensibilisation à la faune et la flore de Guyane.
À Cayenne, la mangrove bouscule le paysage et les idées reçues
Par Stéphane Jaladis
Pour cette dernière matinée guyanaise, Stéphane Jaladis nous emmène à la Pointe Buzaré, à Cayenne, à la découverte d’une mangrove aussi mouvante que fascinante. Sous les palétuviers, le littoral raconte l’influence de l’Amazone, la richesse d’un écosystème fragile et une Guyane bien loin des clichés.
Un littoral en perpétuel mouvement
Le dernier matin, le 25 novembre, fut dédié à une découverte de la mangrove en compagnie d’un guide local passionnant. Abrité du soleil sous un carbet du parc de la Pointe Buzaré, une douzaine de journalistes avait choisi de s’intéresser à ce phénomène naturel qui envahit par intervalles d’une dizaine d’années l’île de Cayenne, lié à des vases charriées par l’Amazone que les courants ramènent sur cette côte. Jusqu’à grignoter quelque 500 mètres, ce littoral figurant parmi les plus changeant au monde avec ses bancs de sable en constante évolution.
Un trésor écologique sous les palétuviers
Si ses plages ont pour l’instant disparu, Cayenne retrouve néanmoins ses eaux bleues quelques jours par an lorsque les courants s’inversent. Grâce aux apports nutritifs reçus à chaque marée, cette mangrove côtière, véritable trésor écologique, abrite sous ses milliers de palétuviers une vie insoupçonnée où prolifèrent poissons, crevettes, petits crabes, huîtres, caïmans, papillons et différentes espèces d’oiseaux.
Impressionnant ! : évolution de la mangrove en 6 ans vers la Place Auguste Hort… Elle s’affiche en grand pour comparaison… ©Caroline Paux
La Guyane au-delà des clichés
Intarissable, notre guide rebondit ensuite au fil des questions d’une audience captivée sur la géographie et l’histoire de la Guyane. Tordant même au passage quelques idées reçues, notamment sur la dangerosité supposée de ce département due à la présence de quelques insectes venimeux et espèces dangereuses. Et de souligner que seulement 1% des arrivées aux urgences sont dues à la faune. L’histoire terrible du bagne a sans doute aussi contribué à cette image parfois négative dans les esprits mais qui est aujourd’hui en voie de résorption grâce à l’engouement des voyageurs pour des expériences authentiques, un tourisme vert et le slow tourisme. Sans oublier les belles campagnes de promotion du Comité du tourisme de la Guyane.
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