Instantané(s)

La sentinelle du Kenya

Photo et texte Philippe Bourget, avril 2023

Cet homme s’appelle Kishine, il est masaï, parle mal anglais, c’est l’un des guides à pied qui m’accompagne avec quatre autres journalistes dans la réserve de Tumaren Ranch, en février dernier. Nous sommes dans le comté de Laikipia, à 5h de route et de piste au nord de Nairobi.

Comme le talkie-walkie, le fusil est ici un équipement de survie. Autour des collines de grès qui dominent les 42 km² de savane libre du ranch, on ne sait jamais quel animal peut surgir, un lion, un éléphant, une hyène…

Mais quel plaisir indicible de marcher aux côtés de cet homme et de ses deux acolytes, Lemanyaas et Lekaal, tous trois vêtus en tenue traditionnelle. Les entendre raconter la nature, écouter les bruits, observer la cohabitation animale entre girafes, oryx, babouins et les autres espèces. Un Kenya plus authentique se cache ici, loin des grands parcs et de leurs files indiennes de 4×4…

Au cœur de la montagne des Rois et des Dieux

En Egypte, la Vallée des Rois est sacrée. Au cœur, ou plutôt dans ses entrailles, ce site naturel tantôt écrasé de soleil ou caressé par le souffle du vent des sables, abrite depuis plus de 1 500 av J.-C. les sépultures des pharaons thébains dont celle de Séty Ier, l’une des plus spectaculaires.

Il faudrait y pénétrer avec humilité sachant que celui dont ce fut le passage vers l’au-delà a convié  pour ce rituel unique, toutes les divinités de « l’Olympe » égyptienne. Passée la porte d’entrée, au bout d’un escalier vertigineux, on s’enfonce lentement sous terre, la tête coiffée d’un ciel étoilé.

Sur les parois de calcaire, sont inscrites les litanies des livres initiatiques que le pharaon devra réciter lorsqu’il se présentera au cours de son odyssée céleste au sein de son hypogée. Avec lui, on participe au voyage, de vestibules en hypostyles, jusqu’à être entouré par ces piliers de la sagesse où l’illustre défunt est représenté accompagné par une divinité.

Le gypse, l’ocre, le lapis lazuli, l’oxyde de cuivre donnent encore vie aux dessins gravés dont le sens reste obscur et captivant. « La sagesse s’est bâtie une maison, elle a bâti sept colonnes », lit-on dans un verset du livre des proverbes de la Bible. Les Pharaons ont cherché cette sagesse sous terre, là où croyaient-ils le soleil meurt pour mieux renaître chaque matin.

Photo et texte Albert Lugassy, avril 2023

Grande Canarie en fête

Le hasard fait bien les choses… Partie à Grande Canarie pour un reportage sur la gastronomie, je me suis retrouvée en plein carnaval. Pas prévu mais tellement festif ! L’un des plus spectaculaires d’Espagne, dit-on, et aussi l’un des plus anciens. L’édition 2022 était très light, avec de nombreuses consignes sanitaires. 2023 a donc été pour eux l’occasion de se lâcher !

La thématique de cette année était « Studio 54 ». Ce qui m’a le plus interpellé, c’est de voir que TOUS les canariens jouent le jeu du déguisement, adapté ou non aux années disco. Comme les vénitiens, ils préparent leur costume presque un an à l’avance, dès qu’ils connaissent le thème. Paillettes, strass, confettis et bonne humeur ont coulé à flots.

Ce carnaval dure un mois mais le clou du spectacle est la grande parade. Elle clôture en beauté les festivités et part de La Isleta pour défiler dans les rues de Las Palmas, jusqu’au parc San Telmo. Il y avait plus de 100 chars décorés et des milliers de personnes dans les rues. En fin de soirée, je garde le souvenir de ce (beau) mec, vêtu d’un collant et d’un tutu rouge, promenant son chien sans aucun complexe… Insolite, non ? 

Photo et texte Maeva Destombes, mars 2023

Es Vedrà, une obsession…

Une île se résume-t-elle à un rocher ? Aux Baléares, le point culminant d’Ibiza est le mont Sa Talaia, à 475 m, situé au sud-ouest de l’île. Or, à mes yeux, le véritable « point culminant » est le fantastique rocher d’Es Vedrà, émergeant de la mer dans un halo nuageux.

Avant de partir, j’avais lu toutes sortes de choses: un pain de sucre escarpé de 385 mètres de haut, inaccessible au commun des mortels, que les pilotes de lignes contournent pour éviter le dérèglement des instruments de navigation, une base pour soucoupes volantes…

Son sommet en forme de triangle permettrait de concentrer l’énergie et l’île entière dégagerait un grand champ magnétique. Es Vedrà est placé sous la protection de la déesse Tanit, déesse de l’amour vache, qui prend plaisir à séparer les couples…

J’entamais ce voyage en solo, après avoir embarqué ma voiture sur le ferry à Barcelone. Le premier contact visuel causa ma perte. Je restais subjuguée pour le restant du séjour, obsédée, avide de percer les mystères de ses légendes en dévidant la pelote de l’Histoire.   

Photo et texte Françoise Spiekermeier, mars 2023

Être orque au Cambodge

Une orque ? Saisie au coucher du soleil alors qu’elle bondissait hors du Mékong, voici plus exactement une orcelle qui, malgré ses airs de dauphin, est biologiquement une petite cousine – elle dépasse rarement 2,50 m.

La photo a été prise depuis un bachot, au large de Kratie, au nord du Cambodge. Les orcelles, alias dauphins de l’Irrawady, étendent leur royaume de la Birmanie à l’Australie. La plupart vivent en milieu marin, mais s’accommodent de l’eau douce, pourvu qu’elles y trouvent poissons et crustacés.

Décimées pendant la guerre du Vietnam, menacées d’extinction, les braves bêtes ont leur population (90 individus à Kratie) en légère hausse, les pêcheurs khmers ayant renoncé à les chasser pour leur graisse, pour les bichonner d’autant plus qu’elles attirent le touriste !

Photo et texte Dominique de La Tour – Pentadom, mars 2023

Bayonne, furtivement

J’avais déjà eu l’occasion de me rendre à Biarritz, Espelette, Saint-Jean-de-Luz, Arcangues, San Sebastian, dans ce merveilleux Pays basque oscillant entre écumes océaniques et contreforts montagneux. Mais jamais encore à ses portes, à Bayonne, que l’on dit aussi gasconne. Oh, ce ne fut qu’un passage éclair et pourtant.

Je fus happée par ses venelles bordées de maisons à colombages, où les volets rivalisent de couleurs, ses peñas à peine visibles derrière des portes fermées qui s’entrouvrent si l’on connait un tel ou un tel, ses remparts protecteurs, son Adour et sa Nive où plongent les ombres des façades et les mouettes goulues, ses terrasses de bars et restaurants où se pressent et s’apaisent les passants, ses chocolateries, véritables écrins joaillers de bijoux cacaotés, ses brumes matinales et veloutées.

Je fus saisie en entendant, au détour d’une ruelle, les sons répétés des balles qui heurtaient le mur d’un trinquet… Et je me suis sentie basque.

Photo et texte Nathalie Costa, mars 2023

Le chat de Pétra

Jordanie, le 23 janvier à 10h33. Je suis sur la petite plate-forme aménagée qui offre la meilleure vue sur le Khazneh, l’hypogée nabatéen le plus célèbre de Pétra. J’avais demandé à mon guide de m’y amener au moment où la façade serait la mieux éclairée par le soleil. Nous sommes arrivés à l’entrée du site à 7h30, il n’y avait pas un chat… ou presque.

Un matou somnolait sur le tapis bédouin recouvrant la plateforme. Cet instantané me rappelle ces moments passés à admirer la caresse du soleil sur le « trésor » de Pétra, alors que ce chat aurait sans doute voulu que je le caresse, lui. Hélas, à cette époque de l’année, le soleil n’éclaire que la moitié de la façade ! J’aurais dû y aller à la mi-août…

Photo et texte Thierry Lacour, février 2023

Les plantations de thé du Kerala…

Voyage personnel époustouflant en Inde du Sud autour de Madras, Pondichéry, « nos » anciens comptoirs en Inde où, hélas, le français n’est plus rien hormis quelques noms pittoresques de Paris accrochés aux murs d’ex maisons coloniales.

Sur les hauts plateaux entre 1 300 et 1 600 mètres d’altitude, le Kerala offre de sublimes paysages de plantations de thé. En sillonnant les chemins tracés au milieu des arbustes, les femmes tamoules en saris multicolores ramassent tous les quinze jours les jeunes pousses de thé. Quelques 70 000 hectares de théiers sont ainsi taillés, récoltés afin d’alimenter les usines de séchage de la méga entreprise Tata indienne et d’être transformés en sachets de thé, la boisson la plus consommée au monde.

Photo et texte Marie Laure de Vienne, février 2023.

Vol au-dessus de la plage de Piémanson

Il existe des langues de sable, non loin de l’embouchure du Grand Rhône, qui sont comme posées entre ciel et terre… Les heures s’y égrènent rythmant assauts iodés des flux et reflux des vagues farouches et ondulations sereines de dunes plates émiettées à l’envie par les empreintes d’un promeneur à la recherche du temps perdu.

Quand soudain, un oiseau déploie ses larges ailes au vent marin, soumis et combatif à la fois, il s’envole et lèche pourtant le rivage, silencieux, majestueux. Cet objet volant tel un goéland dont les larges voiles empêchent de marcher, survole en pleine Camargue, la plage de Piémanson.

C’est la plage d’Arles (avec celle de Beauduc).  Elle s’étire en bordure de la commune de Salin-de-Giraud. Là, lorsque le vent les porte, les kitesurfers déploient leurs ailes et surfent avec les flamants roses, aigrettes ou cormorans pendant que le soleil dore chaque grain de sable de ce paysage sauvage à quelques encablures du paradis marin.

Photo et texte Albert Lugassy, février 2023

En Arabie Saoudite, c’est déjà demain

 

Doit-on aller ou non dans ce pays ? Le royaume est tout sauf une démocratie et les droits de l’homme (et de la femme) n’y ont pas la même valeur qu’en Occident. Mais en tant que journaliste, j’estime de notre devoir, si l’occasion se présente, de s’y rendre. Pour constater et témoigner. C’est ce que j’ai fait fin 2022. J’y ai vu une nation en pleine explosion touristique, avec le déploiement de moyens colossaux autour de deux mégas projets, Neom et The Red Sea. Objectif : 100 millions de visiteurs en 2030 ! Un cap assez délirant, à l’heure de la sobriété… Reste la sensation d’entrevoir une nation où la liberté d’entreprendre parait décadenassée, et le plaisir de découvrir la région d’Al Ula, splendide foyer de vestiges nabatéens. Un désert aménagé, comme ici sur le site d’Elephant Rock.

Photo et texte Philippe Bourget, janvier 2023